En short au mois de mars

Boomer en short

La Grande Pandémie de 2020 a eu des conséquences terribles, dont certaines que nous n’avions pu imaginer. Bien sûr, des millions de personnes décédées, des malades qui ont souffert, des familles dévastées, des entreprises à genoux,… tant de malheurs et de tristesses dans le monde, sans oublier la mise en lumière de Ceux qui sachent que tout cela n’était pas vrai, ce n’était qu’une manipulation des Reptiliens qui gouvernent le monde… bien cachés pour pas qu’on les voyent.

Ils sortent au lever du soleil

Sans oublier celle-ci, et pas des moindres : des hommes adultes se promènent maintenant en short dans les rues de Paris au mois de mars. Le premier rayon de soleil les fait sortir de chez eux, et les voici partis en direction du Franprix chaussés de birk’, exhibant leurs cannes blafardes, dans les rues de ma ville

Une caricature de caricature
par Gilles Rapaport, avril 2022

De mon point de vue, c’est une horreur, et mes yeux bleus aux reflets mordorés, dont certains et certaines disaient dans mes belles années éphebéiennes qu’ils étaient très beaux, saignent à chaque fois que cet affreux spectacle m’est joué.

Quand je dis « de mon point de vue », ce n’est pas une expression. C’est littéralement « de l’endroit où je me trouve », sur le balcon de mon appartement bourgeois-bohème-chic (boboch’ donc), à prendre une pause bien méritée entre deux réunions en visio, un autre effet beaucoup plus bénéfique de la Grande Pandémie, dont je tire les marrons du feu tous les jours (expression époque Vidocq je m’attribue 50 points !). 

Sans vergogne, les Parisiens se mettent en short

Sur ma plus belle place de Paname que j’ai, je les vois trottiner, ces sans-gênes, sûrs de leur bon droit à sortir de leur casemate de télétravailleur, dans leur nouvel uniforme de bureau (parce que oui Messieurs les patrons du Grand Capital aux dents longues comme un roman de Zola, vous qui sucez les forces vives du petit peuple, des employés de bureau, c’est bien de ça dont il s’agit, ces hommes-là portent un short chez eux, et ils travaillent ainsi vêtus !).

C’est un véritable affront à ce qui fait aux yeux du monde la valeur de la capitale du style, le Paris de Saint Laurent, le Paname de Dior,… le Parisien et son allure inimitable. 

Mais, attendez une minute…

La Parisienne, c’est un style, un véritable art de vivre, que le monde civilisé nous envie (donc ceux qui ne nous l’envient pas ne sont pas civilisés, CQFD), mais il n’y a jamais eu de Parisien que je sache. L’équivalent d’une Inès de la Fressange à barbe, qui est-il ? Fut-ce Jean-Pierre Cassel ? Jean Gabin ? Ou Eddy Mitchell, célèbre figure des Buttes-Chaumont et du cosmopolite XXe, où la vie est plus douce, parce que eux « oui ils ont un beau jardin, les salauds ».

Nous ne sommes pas des moutons
par Gilles « Bourdieu » Rapaport, avril 2022

Mais je m’égare, comme à mon habitude, ce qui n’est pas si désagréable quand on s’y fait. Parce que, oui, finalement, pourquoi avoir un fil à suivre, un plan avec thèse / antithèse / synthèse à la papa ? C’est céder à la facilité et s’interdire de se laisser surprendre au détour d’une expression, par un chemin de traverse, que je prends fréquemment à cloche-pied, si je le veux, parce qu’à l’heure où j’écris on est toujours pas en dictature, mais si ça continue on va réussir à s’y coller, en jouant à touche pipi avec l’ennemi, qui je le rappelle a les poils qui se dressent quand on lui présente une photo de la famille Trump-Orban parce que « oui lui aussi il se préoccupe du peuple ».

Le style parisien n’existe pas

Donc pas de Parisien dans l’imaginaire collectif du XXIe siècle, c’est un désert morne, une terre de désolation, que vient éclairer parfois un sapeur ou un gothique dont le style n’a pas l’uniformité grise des bobos et autres employés qui parcourent les rues et parsèment les terrasses de mon Paname, que je fantasmais plus « à la mode » (une expression de ELLE 1953 que j’essaie de relancer).

C’est désespéré que je termine cette chronique, que je viens d’écrire en jogging et je vais sans doute aller me chercher une bière chez l’épicier habillé de la sorte. Pas de remarque, merci… j’ai lu dans le supplément mode du Monde que je pouvais sortir comme ça, si j’étais chaussé de sneakers blanches ! 

Ouf… je suis sauvé !

Play-scriptum : en écrivant cette chronique j’écoutais Forrest Fire de Lloyd Cole And The Commotions, How cold love is de Fontaines DC et le concert top de Hania Rani sur Arte Concert (j’ai chialé à un moment, je ne pouvais plus écrire).

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