Ma routine sérénité en Grand Confinement – Confiné, un jour comme un autre

Confiné dans un canapé

Les magazines ne m’ont pas contacté. ELLE ne me l’a pas demandé, GQ ne m’a pas appelé, LUI non plus. Ce dernier c’est celui qui me fait le plus mal. Je lui ai tellement donné pourtant. J’ai à partager au monde mon expérience hyper inspirante de vie d’homme blanc, skateur de 50 ans, confiné dans le 9ème Parisien (y-a-t-il un 9ème quelque part ailleurs ?), je n’ai pas pu résister, donc voilà.

6h30 – Réveil

L’alarme sonne, le Chien-Chat ne bronche pas.

7h00 – Lever

Je me réveille, je me lève et je ne bouscule personne parce que j’ai eu une très belle éducation qui m’a appris le sens de la distanciation sociale et du respect de l’autre. Surtout quand l’autre est féminin, ce qui constitue mon seul environnement direct vivant.

7h30 – Méditation déambulatoire

Le Chien-Chat et moi sortons. Je respecte toutes les distanciations sociales, je suis un bon élève je crois. Je ne ramasse plus les crottes depuis trois semaines je viendrai les chercher à la fin, je crois que je m’y perds dans les directives gouvernementales.
On ne croise personne. Pas parce que les gens sont plus respectueux qu’ailleurs dans le 9ème. Ils sont tous partis à la campagne dès l’annonce du confinement.

8h00 – La tête dans la poubelle

C’est le moment où je rejoins le comptoir du réseau social qui réunit le plus de spécialistes non diplômés du monde, Twitter donc, et je peux y suivre les discussions totalement dénuées de sens de milliers de «  personnes » (en sont-ce ?) qui se jettent sur la première information venue avec une appétence à la grossièreté et au raccourci que je n’ai pas rencontré depuis ma petite enfance passée aux pieds des adultes qui refaisaient le monde en jouant au 421 ou à la belote, la tête plongée dans le pastis et la bière qui, on le sait d’après les études, sont le cocktail parfait pour les esprits éclairés.
J’hésite à insulter Raoult ou quelqu’un d’autres de l’OM puis comme souvent je me ravise…  je n’ai pas de conviction en matière d’épidémiologie (encore un mot marrant que je ne connaissais pas début 2020) et encore moins en footballisme.

8h30 – WFH (Working From Home)

Je finis mon thé vert bio à la bergamote cueilli par des mains d’enfants souriants sur les coteaux ensoleillés du Rajasthan. Ma maison de thé a fermé comme tout, il ne me reste que deux semaines de stock. C’est difficile à vivre, je vous dis pas.
Puis c’est l’heure de parler marketing digital, web, de sauter de visio-conférences en visio-conférences, d’envoyer des mails, d’appeler des collègues, de rédiger des recommandations, des notes,… la vie, la vraie.

10h00 – A la machine à café

L’heure d’un café à la french press, Celle dont je partage la vie appelle ça une« bodum », je la laisse dire. C’est assez étonnant cette propension de ceux qui on tort à vouloir argumenter avec ceux qui ont raison (moi en l’occurrence). C’est tellement Français que je m’étonne de rester aussi calme.

12h30 – La Cantina

Alors que nous commençons de déjeuner avec ma coworker, je découvre que j’ai des enfants. Bulle sort d’une séance de sport et l’Ainée semble émerger d’une soirée, ce qui est totalement impossible. Cela ne laisse de me surprendre.

19h00 – Le Cercle des hydroalcooliques anonymes

J’anime comme tous les soirs depuis le début du Grand Confinement la réunion quotidienne des chevaliers du canapé. C’est le moment de partage et de mise en commun des doutes et des peurs de Ceux qui sont restés. Moines combattants, nonnes guerrières, prêtres au courage dont on tirera des épopées pour les générations futures, cloitrés dans nos appartements hausmanniens (si difficile à chauffer l’hiver, n’est il pas ?), nous trinquons à cette journée et préparons les plans pour celle qui vient.  Arthur, Lancelot, Perceval, Galadriel, Frodon, Aragorn, Muab’did… par la grâce du houblon magique, nous sommes de cette trempe là. 
A 20h00, certains applaudissent les personnels soignants. Et nous alors ?  

00h45 – Relativité

Fin de soirée, j’échange quelques messages avec un ami coincé en Afrique de l’Ouest. Il me dit « ça va être dur, j’aurais voulu rentrer en Terre du milieu, je regrette ».  Je le laisse parler, l’écoute, et je lui rappelle qu’il fait 29 degrés chez lui alors qu’on se les gèle. 

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