Vinyle is back dans les bacs, babe

L’autre jour, mon compadre MoZ m’a offert un disque vinyle pour le dernier de mes déjà très nombreux anniversaires. Je n’ai pas de platine, il me connait bien MoZ. Ce n’est pas un problème, parce que c’est important d’avoir un vinyle, même si on ne peut pas l’écouter.

Le vinyle est de retour depuis quelques années déjà, ce n’est pas une nouveauté 2020 (anachronique jeu de mot) mais il semble que le Grand Confinement ait attisé les braises de la renaissance d’un phénix laissé pour le compte il y a plus de trente ans.
Je n’ai pas de platine dans les quartiers de la Châtellerie, mais j’ai toujours quelque part dans la Comté celle que j’avais acquis dans le temps lointain de mon adolescence. Je pense très fortement à la transhumer en terres luteciennes très prochainement.

Une plongée dans le passé aux odeurs de plastique

L’autre jour (bis repetitae), j’ai accompagné un autre de mes amis vinylophile que j’appellerais Nostalgeor chez un vendeur de galettes 180 gr certifiées old school du magique 9ème à la recherche de nouveautés dont le magnifique dernier album des Strokes que finalement nous n’avons pas trouvé ce qui est ballot et frustrant à la fois.

Quelle ne fut pas ma surprise, alors que je laissais courir mes doigts hydroalcolisés parmi les occasions des casiers des Ballades Sonores, de tomber sur le double album live  de Dire Strait, Alchemy.
Coup au coeur pour moi : c’est notre premier 33 tours (je dis « notre »  parce que je pense que nous l’avions acheté ensemble avec mon frère). J’écoutais en boucle les titres Romeo & Juliette et Tunnel of Love, je ne vous dis pas le niveau de romantisme que je me payais à 14 ans… explosion d’hormones et mort de faim, vous voyez le tableau. « When we made love you used to cry » me mettait la tête à l’envers.

Mon passé tient dans ma main, Mai 2020.

La valeur des souvenirs qui font venir les larmes dans les yeux n’est pas côté à la bourse du bonheur.

Michel webb, affreurismes Vol vII, 1984

Ah l’adolescence… le règne de l’émotion, les vapeurs qui nous étreignaient dans ce temps magique de Tonton 1er ne devaient rien à des importations marocaines ou afghanes.
Quelques années et présidents plus tard, c’est le souvenir ému du jeune boutonneux empêché de marcher par ses ailes de géant (j’avais tellement grandi cet été là) qui me fit reposer rapidement l’objet.

45 tours et puis s’en vont

Mais si je veux être honnête, ce qu’il m’arrive d’essayer, ce n’est pas de ce vinyle-ci que je conserve le plus ému de mes souvenirs. Il s’agit —  et je l’avoue sans crainte des rires et moqueries ricanantes des moqueur-ricaneurs (oiseaux de mauvais augure qui disparaissent une fois l’adolescence passée, autour de vingt-sept ans je crois) — du merveilleux 45 tours de la chanteuse lusitanienne Linda de Souza « La valise en carton » . 
C’est le déjeuner chez ma tante, sorti d’un des mes contrôles sur table du samedi matin que j’avais certainement du expédier vite fait bien fait en pensant au week-end qui annonçait les jeux avec les copains.
Le soleil qui tapait sur la platine disque, quelques grains de poussières pris dans un rayon portés la voix de la plus française des portugaises — moi je suis le plus auvergnat du South Pigalle —  qui chantait le pays, la route et ce qui était restait là bas. C’est moins classe que Oum Kalthoum, voire le Grand Charles (Aznavour, pas De Gaulle qui chantait très mal m’a-t-on dit) mais bon on va pas se ripoliner les souvenirs pour la postérité qui se fera une joie de les balayer de son balai magique.

Et de me demander de quoi mes filles se souviendront elles… beaucoup moins matérialistes que nous et parce que le monde il sera meilleur demain à ce que l’on m’explique, je suis sur qu’elles ne s’attacheront pas à un objet aussi dérisoire qu’un disque vinyle.
Non pas… Ce sera plutôt un iPhone.

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