L’origine de tout

Et si au bout du tunnel, c’était un autre tunnel ?
Gai Paris, 2021

Ce jour là, je parcourais un magazine de mon âge – Valeurs actuelles, Marianne ou Front Populaire, je ne sais plus – quand me sauta au pif une vérité qui allait changer le cours de… le cours de… ma soirée.  Tout ce que nous vivions depuis quelques mois, le marasme, la situation. Tout cela, c’était la faute au… « libre-échangisme globalisé». Un bouc furibard m’aurait tapé la tête de ses cornes que je n’aurais pas été plus choqué.  J’en restais coi pendant quelques instants, ce qui est – au dire de mes détracteurs familiaux – assez rare pour être noté.

Je m’étais habitué à rejeter la faute sur un animal ridicule au nom improbable, qui aurait été porteur d’un truc qui nous rend malade parce que des gens qui sont loin là-bas ont la désagréable habitude de le déguster mi-cuit et fourré aux ananas. Explication simple, issue d’une logique cartésianoculinaire qui avait la bonne idée de pointer du majeur les autres du bout du monde qui sont coupables. Puisqu’on vous dit qu’ils sont du bout du monde.

Écoutez cette chronique dans une production approximative mais pleine de bonne volonté

Mais je me fourvoyais, je me roulais dans la farine de mon erreur. Ce qui nous arrivait, à ce que je comprenais de cet article de qualité, c’est que nous avions trop abusé de l’espace de jeu qui nous était donné et qu’on, ce fameux « on » qui est un con, s’était épanché trop fort et que c’était peut-être bien le moment de payer l’addition. Dans les backrooms de l’histoire, nous serions jugés par « ceux qui nous succéderont »  parce que, à trop vouloir être les citoyens d’un même monde, nous avions fait sauter le bouchon de la cocotte de la fête à noeud-noeud (!) qui est bien terminée. Ça commençait à faire cher l’Air Jordan et la caïpirinha à Pattaya.

Et nous voilà bien. Après la fête. Avec un drôle de goût dans la bouche qui nous dit que « bon ben voilà, on doit rentrer chez nous ». Et surtout y rester. Le dancefloor est fermé pour une durée indéterminée. Une odeur pas très agréable flotte dans l’air qui me rappele un vague souvenir.

Gardons-nous de nos souvenirs

Permettez que je vous livre une courte anecdote personnelle sur le « libre-échangisme » afin d’éclairer la situation mondialement catastrophique qui est la nôtre.

Oulalala, que n’ai je dit… Non ne partez pas, je suis tous publics, toujours.

Quelques années en arrière, alors que Sarkozy tirait les dernières cartouches de son feu d’artifice bling-bling, je me lançais dans le freelancing  et vivais mes premiers émois d’indépendant,  dans la vivifiante dynamique entrepreneuriale initiée par le suscité personnage hystorique. L’une de mes premières affaires, c’est marrant on dirait du Mikey Spillane, me conduisit un lundi matin à un rendez-vous qui allait définir une bonne partie de ma carrière d’indépendant j’en étais sûr. Je me présentais, trop habillé sans doute et sans aucun jeu de mots ici je vous le promets, à la porte borgne d’un club libertin parisien pour une prise de contact avec une potentielle cliente qu’un taquin hasard avait poussé dans ma direction. Alors que je sonnais, je me demandais bien ce que moi, fils oublié de l’Église romaine et catholique mais fils quand même, ancien scout ayant flirté avec le petit séminaire de mon esprit d’angelot blondinet, allait bien faire dans cette galère dont j’avais compris que les membres aimaient à se toucher voire à se mélanger ceux-ci, de membres.
Rien que d’y penser, je vais aller me laver les mains. Attendez-moi, je reviens…

Donc. Je suis accueilli par un portier blanc comme un linge sale qui avait tout l’air d’avoir passé un autre week-end que le mien et d’en avoir vu beaucoup d’autres. Il me fit entrer dans ces lieux que la morale et patati et patata, mais que j’acceptais de visiter par l’appât du gain alléché. Et là… alors que la Dame – nous étions bien loin de celle du lac comme vous pouvez l’imaginer – me faisait patienter, j’observais les lieux de l’œil bleu mordoré et curieux dont je suis l’heureux détenteur. Et quand je parle d’yeux, ma parole n’est pas véritable, mais ce n’est pas la première ni la dernière fois que je foule un accord toltèque de mes semelles, brisons là. En vérité, ce n’est pas de l’aspect décati du lieu dont les tentures pourpres n’allumaient en moi que l’envie d’y mettre le feu, que je garde le souvenir. Les effluves, les relents, les odeurs… l’amour à plusieurs, arrosé de champagne à 1 000 balles avait laissé des traces dans l’air dont à l’époque aucun masque ne protégeait mon nez qui avait la bonne idée de se trouver sous les yeux bleus mordorés et curieux dont je vous ai déjà parlé, suivez un peu, merci.

Y’a comme une odeur, non ?

Cette odeur-là, je la porte avec moi, j’ai tout fait pour la fuir en commençant par ruiner rapidement mes chances d’avoir ce contrat que je n’ai jamais gagné – j’avais expliqué à la Dame que tout ça quand même ce n’était pas très catholique. Et je ne pensais pas la retrouver un jour, flottant dans les rues du monde, du monde en entier du sud au nord et du sol au plafond.

À trop nous mélanger, nous étions, nous la communauté des êtres humains bien sûr, arrivés au lundi matin. Et nous portons tous des masques pour ne pas la sentir, cette vapeur de l’amour universel qui avait mal tourné jusqu’à nous imposer de vivre dans un film en boucle dirigé par un Kubrick neurasthénique. 

Alors que bon ben… on est des Tuches ! Vous le voyez le problème là ?

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