De si grandes vacances dans une si petite voiture

Paysage avec route

Ah, enfin. Cette année 2020 touche à sa fin, et l’on peut entrevoir le bout du tunnel au travers des barbelés que la destinée s’est acharnée à nous tendre sous le menton depuis janvier.
Comment ? Nous ne sommes qu’au mois d’août ? Et il reste encore cinq mois à tirer avant de passer en 21, l’âge de raison d’un millénaire que l’on sent bien pourri quand même.  Vivement le quatrième, parce que le troisième, non merci bien ! J’espère que je le verrai, mais un doute affreux m’assaille…

Août, quel beau mois, presqu’aussi joli que le mois de mai. Celui de la fuite des rois dont on nous fit les programmes de 1ère et des Grandes Vacances qui n’appartiennent qu’à l’enfance dont on sait qu’elle fut super et qu’il faut la regretter en chouinant. Parce que sinon, on est un sans-coeur dont on tire les meilleurs dictateurs, ou coupeurs de tête de bébé, c’est au choix. 

C’est aussi le mois où l’on oublie tout de cette année que certains vont titrer (parce que nommer c’est trop nul) «  Annus horibilis Episode 1 ». Oubliés le (ou « la » à ce que j’ai lu récemment les gens s’assoient sur le Français) Covid-19, le « black live matters » qui n’a pas résisté au soleil de l’été, le remaniement dont on dira… ben pas grand chose en fait ?, la crise écologique qui nous rappelle que c’est la dernière des dernières des chances pour l’humanité avant de crever en se lamentant comme l’Humanité seule sait le faire. 

Pars, pars et ne te retourne pas

Les Grandes Vacances… on a tous un souvenir qui nous suit comme l’ombre inquiétante des étés révolus. Que je vous narre.  

Pour moi c’est un été de canicule, l’un des premiers, 76 sans doute, et l’action se situe à l’arrière de ce que l’on appelle aujourd’hui une vieille mécanique pleine de charme, j’ai nommé la Ford T «  à la Française » , la 2 CV, la deudeuche.
C’était celle de mon oncle, ce qui explique qu’il était au volant, ma tante (Tata, donc), à sa droite. Somme toute c’était assez bien rangé. L’arrière était plus chaotique, dirais-je… Nous étions trois alignés sur la banquette arrière, serrés, quand on ne gigotait pas, comme des sardines dans cette boite de conserve à quatre roues, fruit du génie français à l’attention des couches populaires.
Et de raisonner en moi «  Volskwagen » (la voiture du peuple), qui rappelle à tous que la Coccinelle n’était pas monégasque mais bien issue des flancs de l’industrie qui donna aux horribles nazis la force d’être horribles un peu partout en Europe. Mais je m’égare. Du souvenir ému de mes impérissables vacances, j’ai trébuché et je suis tombé dans les abysses de l’histoire… enfin je crois que je me suis égaré.

Descente aux enfers par la RN 102

Pour rejoindre notre destination, je pense que c’était Cavalaire, dans le sud est de la France — enfin quelque part où il y a un accent rigolo —, nous avions devant nous une bonne journée de voyage.
40°, pas d’autoroute, et la descente de la Côte de Mayres en vue. Une tranche magnifique de l’histoire routière française que cette virée sur le Sud dont on disait que les camions avaient l’habitude de se planter dans le village du bas. Cintré dans mon débardeur à rayure, crevette blondinette parmi les marmots du siège arrière, j’imaginais un cimetière des poids lourds planqué dans les tréfonds de l’Ardèche, peuplés des cadavres de monstres mécaniques aux freins lâches. Ajoutez à cette peur celle qui me saisissait lorsque nous passions aux abords de l’Auberge de Peyrebeille, dites l’Auberge Rouge (cliquez sur le lien pour en savoir plus sur ce haut lieu du crime ou de l’erreur judiciaire, c’est au choix), et vous aviez un jeune garçon tétanisé de bout en bout de cette épreuve de dix km, lacets effrayant qui je le savais aller me précipiter aux Enfers. 
Les Enfers, cela rime avec Cavalaire non ? Un peu de psychologie de comptoir (je vous ressers une petite Suze mon ami ?) y trouvera sans doute la raison pour laquelle le Sud n’a que peu d’attraits pour moi encore aujourd’hui. 

Ces Grandes Vacances, j’en conserve le souvenir de ce voyage surtout, guidé par un Charon dont la barque etait brinquebalante et la banquette arrière qu’on aurait dit faite de tendeurs et de bouts de toiles assemblés à la va-vite… des heures d’énervement, dans une chaleur que seul les aoûtiens comprennent, empilées sur des cris et pleurs de mioches épuisés qui avait occis l’oncle tout serré autour de sa Gitane Maïs.

Tu parles d’un souvenir à chérir pour la vie ! 

La prochaine fois, je vous parlerai de la premiere extraction de dent de sagesse pratiquée par le frère d’un ami sur votre serviteur, on va bien rire.

PS : Au moins 50% de cette chronique est sans doute vraie.

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