Tatoué de mes incertitudes

Tatouages pour la vie

« Et toi, quand est-ce que tu te fais tatouer ? » me demandait mon ami de La Comté, il y a quelques semaines. J’avais découvert un nouveau dessin sur son avant-bras et il m’avait expliqué ce que cela représentait, sa démarche, son chemin dans l’écriture de ses envies sur sa peau. 

Sa question m’avait pris de cours, je me retrouvais submerger par un torrent de réponses toute faites que j’avais déjà du sortir de ma « poche à réponses toutes faites » lors des discussions sur le sujet avec l’Ainée :  a) j’ai peur des piqures, b) ceci est mon corps, ma cathédrale, enlève tes pattes de là, c) je ne suis pas marin.

Et là j’ai buggé*… J’ai dit la vérité vraie, ma vérité. «  Me faire tatouer ? C’est tellement un choix définitif. Dans deux semaines, j’aurai changé d’avis. Las, mon ami, je le regretterai toute ma vie » (oui, on se parle comme ça dans la Comté, et alors ?). 

Parce que les choix qu’on fait, on peut toujours revenir dessus pour la plupart… Par exemple mon soutien indéfectible à Raymond Barre lors de la campagne présidentielle de 1988, je me suis ravisé. Qui l’eut cru alors que nous étions jeunes provinciaux certains de notre avenir qu’il serait tellement beau, massés dans une salle des sports de la banlieue de Clermont-Ferrand, l’émotion nous coulant des yeux alors que Giscard le Magnifique faisait son entrée au son du Final Countdown de Europe (sacré Valery !) portant son jeune poulain sur ses épaules — c’est une image romantique que je vous conseille de visualiser, là maintenant. Nous savions qu’il serait le sauveur de cette France que nous aimions tant, la France d’hier qui riait du lendemain. Aujourd’hui, nul doute que je regretterais amèrement de porter un Coeur + Raymond inscrit dans la chair au creux de mes reins.

Je souffre de mon absence de persistance dans les choix que je fais, et c’est pour moi un vrai problème parce que finalement, je l’avoue, je trouve ça assez chouette les tatouages. Surtout les tatouages tribaux. C’est une bonne chose de pouvoir se faire marquer sur le visage de quelle tribu on fait partie parce qu’aujourd’hui le monde est quand même plus compliqué qu’avant. Vous ne trouvez pas ? Par exemple quand j’avais l’âge de mes filles, je savais exactement qui était qui autour de moi. Les gars du lycée public, ceux des HLM et ceux sur les plateaux où il y avait les villas. C’est un vrai casse-tête maintenant de savoir de quelles tribus sont les autres. Bon, ceux avec barbes, lunettes Oliver People et Vespa sont des copains mais les autres ? Soyons honnêtes deux secondes, ce serait quand même plus simple si on portait un tatoo tribal pour se reconnaitre… mais j’ai eu beau chercher sur Wikipedia, je n’ai pas trouvé de tradition de marquage à l’encre dans les tribus d’Auvergne dont je suis l’indigne rejeton. C’est une impasse.

« Mais la solution pour ton tatouage Gaël, le point Godwin en matière de choix, c’est les enfants. Parce que les enfants, ils vous aiment toute votre vie. Donc vas-y Coeur + Prénom et c’est vendu !», vous écriez-vous, gonflé de l’implacabilité de votre intervention. Je vous imagine tout content de vous. Bah oui, qu’est ce que je peux bien répondre à ça ? Là vous m’avez bien eu.  
Oui enfin… est-ce que ce que je peux être sur aujourd’hui que ce sera réciproque définitivement ? Je ne sais pas, qui suis-je pour le dire ? Je pose juste la question !

C’est décidé, je ne me ferai jamais tatouer, je vais garder la carrosserie telle qu’elle a été livrée à l’époque où seuls les marins, les voyous et les prisonniers russes se balançaient de l’encre sous la peau. Notez le sur vos tablettes, c’est un choix définitif. 
Enfin… c’est mon choix définitif pour aujourd’hui, ça je peux vous l’affirmer.

2 réflexions sur “Tatoué de mes incertitudes”

  1. Gael, I have 3..one on my chest, one on my back, and one on my « fist », let’s say so :).. Each has a meaning 🙂 wasn’t like « get a tattoo because is cool » all have a meaning :). For example the one on the « fist », I liked boxing, MMA etc.. I torned 3 times that « fist » and was finally the end for my fighting career, nobody let’s you do a amateur or a pro boxing match with this kind of pass injury. I tattooed a « cross » on it..just to remember that I had buried it! 🙂 So is up to you..if you want to tell a story or if you want just a « tattoo »!

  2. Hey Raz,
    thank you for the comment! As I said, I totally get it that each tatoo has its own meaning and history!
    As you wrote it, it’s kind of a piece of you own history book that you wear on your skin.
    For myself I just put it on my blog… for now ;-).

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